
Il se joue ce mois-ci à Montpellier une pièce plaisante, mais néanmoins dramatique, faisant l’éloge des plaisirs de la terre. L’amour du vin de Campanie et des femmes napolitaines.
Jusqu’au 22 Janvier, la porte du théâtre Pierre Tabard est grande ouverte. L’ambiance est carnavalesque, la compagnie Je Pars à Zart, ainsi que la compagnie de la Traversée dressent le décor hors les murs. Si le cœur vous en dit, on chante, on danse, avant que les portes de Napoli ne s’ouvrent sur le sort de Coelio, Marianne, Octave et Claudio.
La création, fraîche d’un mois seulement, respire la jeunesse. Les quatre comédiens, espiègles, nous livrent un travail abouti, guidés par une mise en scène rusée. Elle nous transporte dans cet autre temps, dans cet autre lieu. Le théâtre Pierre Tabard signe là une belle production. On en redemande.
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Napoli, le vin coule à flot, le carnaval bat son plein. Et pourtant, Coelio, dont le cœur ne peut se résoudre à vivre sans l’amour de la jeune Marianne, s’enlise dans le désespoir.
« C’était un homme d’un autre temps ; il connaissait les plaisirs et leur préférait la solitude ». Octave, son ami, qui ne recule ni devant l’ivresse, ni devant la chair, aura pour mission d’enlever Marianne à son cousin, « procès verbal ambulant », le juge Claudio, pour l’offrir à Coelio.
Marianne, tout juste échappée du couvent, jeune mariée, découvre le « compter fleurette ». Brusquée dans un premier temps, elle entre au fil des rencontres dans une joute orale avec le jeune Octave. Marianne, affirmant sa feminité, ne compte pas se laisser impressionnée par un béguin de jeune premier.
Ah ce coquin de Musset !
Alfred de Musset, aimait visiblement le vin et les femmes. Il donne à Marianne des paroles féministes, progressistes. Pour Octave qui ne connait que l’ivresse et les plaisirs, il saura convaincre la belle Marianne que la vie d’une dive bouteille, ou d’une grappe gorgée de Soleil n’est pas éloignée de celle d’une napolitaine
Extraits de l’Acte II Scène Première
MARIANNE.
Je croyais qu’il en était du vin comme des femmes. Une femme n’est-elle pas aussi un vase précieux, scellé comme ce flacon de cristal? Ne renferme-t-elle pas une ivresse grossière ou divine, selon sa force et sa valeur? Et n’y a-t-il pas parmi elles le vin du peuple et les larmes du Christ? Quel misérable cœur est-ce donc que le vôtre, pour que vos lèvres lui fassent la leçon? Vous ne boiriez pas le vin que boit le peuple; vous aimez les femmes qu’il aime; l’esprit généreux et poétique de ce flacon doré, ces sucs merveilleux que la lave du Vésuve a cuvés sous son ardent soleil, vous conduiront chancelant et sans force dans les bras d’une fille de joie; vous rougiriez de boire un vin grossier; votre gorge se soulèverait. Ah! vos lèvres sont délicates, mais votre cœur s’enivre à bon marché. Bonsoir, cousin; puisse Rosalinde rentrer ce soir chez elle.
OCTAVE.
Deux mots, de grâce, belle Marianne, et ma réponse sera courte. Combien de temps pensez-vous qu’il faille faire la cour à la bouteille que vous voyez pour obtenir ses faveurs? Elle est, comme vous dites, toute pleine d’un esprit céleste, et le vin du peuple lui ressemble aussi peu qu’un paysan ressemble à son seigneur. Ce pendant, regardez comme elle se laisse faire!—Elle n’a reçu, j’imagine, aucune éducation, elle n’a aucun principe; voyez comme elle est bonne fille! Un mot a suffi pour la faire sortir du couvent; toute poudreuse encore, elle s’en est échappée pour me donner un quart d’heure d’oubli, et mourir. Sa couronne virginale, empourprée de cire odorante, est aussitôt tombée en poussière, et, je ne puis vous le cacher, elle a failli passer tout entière sur mes lèvres dans la chaleur de son premier baiser.
MARIANNE.
Êtes-vous sûr qu’elle en vaut davantage? Et si vous êtes un de ses vrais amants, n’iriez-vous pas, si la recette en était perdue, en chercher la dernière goutte jusque dans la bouche du volcan?
OCTAVE.
Elle n’en vaut ni plus ni moins. Elle sait qu’elle est bonne à boire et qu’elle est faite pour être bue. Dieu n’en a pas caché la source au sommet d’un pic inabordable, au fond d’une caverne profonde; il l’a suspendue en grappes dorées au bord de nos chemins; elle y fait le métier des courtisanes; elle y effleure la main du passant; elle y étale aux rayons du soleil sa gorge rebondie, et toute une cour d’abeilles et de frelons murmure autour d’elle matin et soir. Le voyageur dévoré de soif peut se coucher sous ses rameaux verts; jamais elle ne l’a laissé languir, jamais elle ne lui a refusé les douces larmes dont son cœur est plein. Ah! Marianne, c’est un don fatal que la beauté!—La sagesse dont elle se vante est sœur de l’avarice, et il y a plus de miséricorde dans le ciel pour ses faiblesses que pour sa cruauté. Bonsoir, cousine; puisse Cœlio vous oublier!
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Les Caprices de Mariannes d’Alfred de Musset (jusqu’au 22 Janvier)
Théâtre Pierre Tabard
17, rue Ferdinand Fabre – Quartier Beaux Arts -
Montpellier
Tel : 04.99.62.83.13 / 06.62.79.81.25 (le weekend)