La terre en morceau – L’accaparement des terres made in France

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Antoine Colboc devant les terres familiales soumises à l’expropriation

Nous l’avons déjà évoqué dans les pages de vinovelo, le sol est une denrée rare à l’échelle internationale. Moins évident pour les politiques et citoyens, cette denrée est toute aussi rare à l’échelle nationale. Alors que les symbôles de la protection environnementale tels l’Amazonie, ou l’Antarctique, avaient ce côté exotique qui rendait le sujet sexy, frappant, et émouvant, le développement durable à la française semble encore passer à côté du fondamental : la protection de nos sols agricoles.

Le reportage d’Ariane Doublet, diffusé vendredi 2 Juin sur Arte, et encore disponible en streaming, prend le sujet à pleine main, et rend aux plateaux agricoles de Normandie leur caractère sexy, et noble. Qu’en est-il aujourd’hui de nos politiques en matière d’urbanisme, de développement de zones d’activité, de protection des terres agricoles, et de conscientisation du caractère fini et non renouvelable de ces dernières ? Sans basculer dans le documentaire à charge, Ariane Doublet dessine les portrait d’individus concernés par le sujet : jeunes agriculteurs, président de la SAFER, maire et adjoints à l’urbanisme, militants agriculteurs occupants une ferme condamnée, lotisseur-aménageur, maîtres d’oeuvre. Sont mis alors en évidence les incohérences des uns face aux désarrois des autres. Et pour cause, le reportage commence dans un champ de lin, et finira par se transformer en un champ Caterpillar.

Les occupants de la ferme des Bouillons

Les occupants de la ferme des Bouillons


Rappellons que le sol, tel que (re)définit récemment par l’Association Française d’Etude des sols, « est un volume qui s’étend depuis la surface de la Terre jusqu’à une profondeur marquée par l’apparition d’une roche dure ou meuble, peu altérée ou peu marquée par la pédogenèse. L’épaisseur du sol peut varier de quelques centimètres à quelques dizaines de mètres, ou plus. Il constitue, localement, une partie de la couverture pédologique qui s’étend à l’ensemble de la surface de la Terre. Il comporte le plus souvent plusieurs horizons correspondant à une organisation des constituants organiques et/ou minéraux (la terre). Cette organisation est le résultat de la pédogenèse et de l’altération du matériau parental. Il est le lieu d’une intense activité biologique (racines, faune et microorganismes).

Le temps de développement du sol est au delà de l’échelle de vie humaine. Il se compte en quelques milliers d’années. Le bétonnage d’un sol induit la suppresion des couches supérieures du sol, organo-minéral, et le décaissement des couches plus profondes. Un site bétonné est donc un site mort, pédologiquement parlant.

Mais le bétonnage du sol n’implique pas que la suppression du caractère arable, de la nature du sol à produire une denrée agricole. Le sol est aussi un régulateur hydrique et thermique. Gestion de l’eau et réchauffement climatique, deux sujets pourtant chauds sur les tables du ministère de l’écologie.

Régulateur hydrique. L’eau s’écoule dans un premier temps par le sol avant de rejoindre les nappes phréatiques, ou de ruisseler en surface. Les thalwegs évoqués dans le reportage sont conditionnés avec des bassins de rétention, pour permettre aux eaux de pluies de trouver une porte de sortie sur le bitume et le béton, emportant avec elles ce que l’on sait de pollutions fines d’hydrocarbures et autres poussières. Bien souvent, ces problématiques de régulation de ruissellement des eaux de pluies sont constatées bien après la fin d’un ouvrage (ZA, lotissement), et les tentatives de rectifications sont parfois bien vaines.

Régulateur thermique. Le sol à un caractère tampon quant au rayonnement du soleil. Il emmagasine et réfracte la chaleur durant le jour. Il est le support d’un matériel végétal offrant ombrage, et utilisation du rayonnement pour sa photosynthèse. La nuit cette zone végétale et minérale régule sa température par l’intermédiaire des zones humides et des courants d’air de fin et de début du jour. Au contraire, ces zones artificialisées sont des fours d’accumulation où, en cas de fortes chaleurs, aucun bitume ni béton ne permettra de tamponner et de porter au plus frais la température. Une thèse rennaise du LETG, évoqué en 2012 dans le n°298 de Sciences Ouest, a permis de définir les facteurs de régulation des températures en milieu urbain. Nous sommes en 2015, Kyoto ou Rio 1992 sont déjà loins, et la notion de climatologie urbaine n’en est qu’au stade d’élément de recherche. Au vu des politiques urbaines actuels, il n ‘est pas sûr que les urbanistes tiendront tout de suite compte des pistes lancées par la thèse de Xavier Foissard.

Heureusement, à l’image des occupants de la ferme des Bouillons, nombreuses sont les personnes et organisations qui militent pour le maintien d’une agriculture familiale, et pour la protection des sols face à l’hégémonie du « il faut booster l’économie de notre activité locale, développer les zones d’activités, les axes de communications, les infrastructures,… ». A l’image de Notre Dame des Landes, Sivens, la scierie géante du Morvan ou le Center Parc de Roybon, il est temps de conscientiser la population au grignotage de nos terres pour des intérêts courts terme.

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Cette année 2015 est déclarée année internationale des sols par l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Une occasion de plus pour aller dans ce sens et de se donner rendez-vous le 5 Décembre 2015, pour fêter une nouvelle journée internationale des sols.

Ressources complémentaires :

La terre en morceau, visible en streaming sur Arte +7 : ICI

Des champs pas d’Auchan – Site internet de la Ferme des Bouillons : ICI

2015 – Année internationale des sols : ICI

Association Française d’étude des sols (AFES) : ICI

Vous avez dit sol ? Document de l’AFES : ICI

Revue Sciences-Ouest n°298 – Mai 2012 – Des quartiers chauds à Rennes : ICI

Changement climatique et climat urbain : application a la ville de Rennes. Xavier Foissard : ICI

Idees Liquide et Solide – Vincent Pousson se délecte de l’urbanisation moche et méchante des rives du patrimoine mondial Audois. Certaines plaines ne sont, semblent-ils, plus bonne à produire que des hangars et des lotissements hideux : ICI

Let’s Talk about soil : ICI

Qu’est ce qu’un SOL? – Présentation et échange sur le SOL en classe de Mathématiques : ICI

Site web de la conférence « The Global Soil week »: ICI

Rapport sur l’Etat des sols de France par le GIS SOL: ICI

La tentation du bitume, par Eric Hamelin et Olivier Razemon, Rue de l’échiquier, 2012.

Dossier du magazine alternatives économiques : ICI

Emission France Culture sur l’accaparement des terres : ICI

Vinovelo : Retour vers le futur!

vinovelofuturNon, vinovelo n’a pas disparu. Alors que 6 années se seront bientôt écoulées depuis les premiers coups de pédales languedociens, 5 depuis l’aventure nord-américaine, 2 depuis l’Argentine pédestre, vinovelo sommeille tranquillement.

Les projets ne manquent pas, les idées d’articles non plus.

Depuis ces pieds posés à nouveau sur le sol du vieux continent, quelques pleines-lunes ont fait frémir la Garonne bordelaise, quelques souffles endiablés se sont engouffrés entre les deux tours de la cathédrale narbonnaise. Nos pieds se sont même posés sur le Canigou, un matin du mois d’Août, beauté de l’aurore sur la plaine du Roussillon.

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Nos valises se sont désormais posées à Narbonne. Nouvelle vie, nouveau job. 2014 aura été une année le nez dans les bouquins de physiologie de la vigne, et les analyses pétiolaires. Une continuité parfaite dans la compréhension de facteurs du terroir : sol, climat, matériel végétal.

2015, elle, s’est proposée différente. Une vertèbre pétée le 1° Janvier, un suspend d’activité un peu étrange mais qui laisse place à l’essentiel, et forcément, un abandon provisoire de la bécane et de la tarière.

Les analyses pétiolaires de 2015 commencent à tomber, et la perspective d’équilibres minéraux au taquet après quelques années difficiles, se dessinent. Après une mobilité retrouvée, et des douleurs moins importantes, j’ai monté mon vélo sur son rack. Comme une promesse pour le futur, je pédale sans destination, sinon celle d’un retour à la normale. Et bientôt je retrouverai l’odeur et la chaleur de l’asphalte audois.

Crédit photo du soundcloud – JC Huon

Tilcara – Calilegua : Le trekking andin aux portes du ciel argentin

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Le topo du sentier menant de Tilcara a l’entrée du Parque Nacional Calilegua faisait rêver. 5 jours de marche soutenue, traversant la puna, les pentes arides des montagnes attenantes, et la bascule quasi instantanée dans un nouvel écosystème sub-tropical : les Yungas. Un itinéraire aux portes du ciel frolant les 4200m d’altitude, voguant pendant plus de deux jours autour des 3000m. Lire la suite

Bodega Colomé – Vertiges oenologiques des « Valles Calchaquíes »

Colome 12Notre premier contact avec les cimes andines du nord-ouest argentin nous ayant offert une semaine de marche mémorable entre Tucuman et Tafi del Valle, le reste de la région nous attendait les bras ouverts, en pouce, en collectivo ou en char de location. Embarquant dans l’aventure deux de nos amies franco-bretonnes, Marie et Nathalie, nous entreprenions alors un autre voyage : un road-trip sur les pistes de ripio de la région de Cachi.

Arrivée sur Tafi del Valle - Introduction aux vallées Calchaquíes

Arrivée sur Tafi del Valle – Introduction aux vallées Calchaquíes

Parmi les incontournables viticoles de la province de Salta, la Bodega Colomé s’affiche en tête de liste. Pourtant, la piste de ripio qui la sépare du village de Molinos joue le rôle d’épreuve initiatique. La beauté du paysage, partagée entre dépôts limoneux déchiquetés par l’érosion, sables rouges compactés, et boules de granites rugueuses rappellant à nous le Sidobre, invitent à la contemplation. Les “Valles Calchaquìes” merveille du plus andin des paysages argentins, se dévoilent alors à chaque virage.

 

Par ici, l'aventure!

Par ici, l’aventure!

Un frenchy bourguignon, au coeur d’une oasis andine

L’eau qui s’écoule de la cordillère offre à la végétation un salut inesperé dans cet océan de sable dominé par les cardones. Ces cactus géants dont les cimes atteignent la dizaine de mètres. La vigne, aidé par l’homme, s’est alors acclimatée au coeur du village de Colomé, véritable oasis.

Sur la route de Colomé, les sables rouges compactés dévoilent un paysage lunaire et martien

Sur la route de Colomé, les sables rouges compactés dévoilent un paysage lunaire et martien

Là, Thibaut Delmotte, le frenchy bourguignon, argentin depuis maintenant 9 ans, officie en tant qu’oenologue et gère la cave de 4 domaines de la société viticole “Hess Family Estates”. Un beau défi qui s’étend d’Amalaya à 1700m d’altitude sur le territoire de Cafayate, jusqu’aux enivrants 3100m d’Altura Maxima. Colomé et Arenal se répartissant alors sur des altitudes intermédiaires autour de 2500m.

Au sein de Colomé, les vignes occupent une superficie de 72ha. Une grande partie en parrales (Pergola) et le reste en espalier, taillé en cordon de Royat. La densité moyenne avoisine les 4000 pieds par hectares.

Quand biodynamie & fourmis ne font pas bon ménage

Les vignes en dormance de la Bodega. Il fait chaud, le ciel est bleu, mais c'est encore l'hiver!

Les vignes en dormance de la Bodega. Il fait chaud, le ciel est bleu, mais c’est encore l’hiver!

Les vignes sont conduites en biodynamie. Jusque là certifié, le domaine est confronté à l’invasion de fourmis voraces et dévastatrices. L’utilisation d’un insecticide de synthèse pour solutionner le problème sera remplacé à court terme par la fabrication du Pyrèthre, un insecticide naturel qui peut-être extrait des chrysanthèmes. La surface du sol, travaillée en hiver pour l’incorporation du compost, est laissée ennherbée durant le cycle végétatif, maitrisée alors par une tonte régulière.

Les sols, propres aux dépôts de piémonts de la précordillère, sont de type squelettique, peu profonds et fortement chargés en pierrosité. Globalement sableux, ils sont pauvres en matière organique et présentent une carence globale en magnésium.

Le système d’irrigation est au goutte à goutte, avec un entretien hivernal d’une douzaine d’heures par semaine. Durant la saison, l’irrigation est  normale jusqu’au stade petit pois. Il s’agit de l’étape où la fleur fécondée développe un raisin de la taille d’un petit pois, très vert, dû à une forte production chlorophylienne. A cette issue, l’apport d’eau est conduit en parcimonie pour stimuler la synthèse des polyphénols et des tanins.

Des malbecs ascensionnels

En compagnie de Thibaut Delmotte - Prise d'altitude aromatique assurée!

En compagnie de Thibaut Delmotte – Prise d’altitude aromatique assurée!

Il nous aura fallu attendre cette visite aux antipodes pour avoir le plaisir de voyager le nez dans le verre. Un trekking oenologique de 1400m de dénivelé, les sens perchés sur l’expression de malbecs ascensionnels. Un exercice à la verticale nous faisant prendre conscience d’un facteur inconnu des terroirs français: l’altitude et la prise en compte des rayons ultra-violets dans la maturation des baies.

Avec l’altitude, notre filtre atmosphérique se modifie. Les rayons ultra-violets d’ondes moyennes, UV-B, peu génants au niveau de la mer augmentent alors de 10% chaque 1000m. Les UV, nocifs pour l’homme, ont aussi des effets sur le développement de la vigne, sa photosynthèse et la production de composés phénolés. Pour exemple, les rayonnements ralentissent la photosynthèse, tandis qu’ils favorisent l’accumulation des flavonoïdes et anthocyanes, à l’origine de la couleur des baies. Un facteur sérieusement pris en compte plus récemment en Europe pour la question du changement climatique (ICI). Thibaut nous confie que ses raisins se chargent en couleurs, et que la peau des baies est plus épaisse.

D’une altitude à l’autre les malbecs s’expriment distinctement. Concentré et plus lourd, Amalaya livre des notes de fruits cuits. Ces notes que l’on rencontre dans le bordelais sur des raisins mûris au Soleil, d’un millésime sans fausse note, d’un sol sain au régime hydrique idéal. Mais, à basse altitude, l’acidité manque et Thibaut nous avoue que l’équilibre est difficilement au rendez-vous. D’où l’importance d’aller chercher plus haut.

Colomé & Arenal présentent respectivement des notes de fruits noirs plus fraîches pour l’un, florale, et de violette pour l’autre. Impossible de voyager loin sans penser à Toulouse. Déjà la robe se fait plus intense, et s’accompagne d’un profil aromatique plus léger, l’altitude donnant des ailes au vin.

Discussion détendu au milieu des barriques françaises. On se sent comme chez nous!

Discussion détendu au milieu des barriques françaises. On se sent comme chez nous!

Au paroxysme de la dégustation, nous savourons Altura Maxima, un vignoble récent, qui selon Thibaut apportera un rôle essentiel dans l’assemblage d’une cuvée plus fine. Les notes de rhubarbe se détachent clairement au sein d’une bouche enveloppée de tanin soyeux. La robe intense d’un rouge pourpre dénote avec la fraîcheur aromatique de cette ascension oenologique.

Vignobles de Salta et Cafaye, épilogue d’une route que l’on souhaiterait “SIN FIN”

Au grès des kilomètres parcourus le long de ces vallées sans pareil, les vignobles apparaissent puis s’effacent laissant place à cette nature hostile, sableuse et désertique. Pourtant, la région viticole de Salta présente la particularité de ne pas connaître de canicule. Le gradient thermique estivale entre le jour et la nuit pouvant atteindre les 25 degrés.

Road trip #1 : recta estilo argentino

Road trip #1 : recta estilo argentino

Road Trip #2 : Ripio y curvas estilo argentino

Road Trip #2 : Ripio y curvas estilo argentino

Sur notre route, nous aurons eu chaud, nous aurons eu froid. L’hiver salteño est plus incertain qu’une mauvaise prévision météorologique. La route continue toujours plus au nord, la province de Jujuy nous promettant une nouvelle randonnée au long court, entre désert, puna à 4200m et forêts subtropicales moites et luxuriantes.

Le dîner du mochilero à peine exigeant! Torrontes - Tortitas y Pasta-Verduras

Le dîner du mochilero à peine exigeant! Torrontes – Tortitas y Pasta-Verduras

Sources et ressources intéressantes

Bodega Colomé

Pyrèthre ou pyréthrines naturelles un insecticide végétal

How may climate change affect viticulture in Europe? 

La Rioja – Petite soeur des vignobles d’Argentine

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La mythique Ruta 40 qui traverse l’Argentine du Sud au Nord n’omet pas de passer par l’une des plus petite province viticole du pays, et dont le nom n’est pas sans rappeller la chaleur étouffante du nord de l’Espagne: La Rioja.

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En conpagnie de Federico Mococain, au pied d’un cardon « bastante grande »!

A las 10hs, d’une journée fraîche mais ensoleillée, nous retrouvons Federico Mococain à Chilecito. Agronome en culture extensive de formation, sa passion pour le vin l’a conduit rapidement à entreprendre une spécialisation dans le monde viticole. Une opportunité qui le mène aujourd’hui comme consultant reconnu dans la région.

Un vignoble chiquitito au milieu d’un paysage sans limite.

Avec une superficie de 8046 ha, la Rioja représente 3,6% du vignoble d’Argentine. Ce qui est peu au regard du ratio exploité par les deux provinces principales de Mendoza et de San Juan.

La région se situe au pied du système précordillérain, aux portes des hauts plateaux argentins de la puna. La zone de Chilecito concentre 70% de la production, au sein d’une vallée ample d’orientation Nord-Sud, cernée entre les sierras pampeaneas du précambrien à l’est, et le massif de Famatina à l’ouest culminant à 6250m. La position relativement basse de la vallée, par rapport à ces montagnes, conditionne la réception importante de matériel d’érosion de ces deux derniers massifs. Le nom de playa, donné à ce type de vallée, n’est pas non plus étranger aux types de sols qui s’y sont développés.

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Le massif de la Famatina domine les parrales de la vallée

Ici aussi l’on cultive les plantes en parral (Pergola). Une conduite particulière pour empêcher le soleil d’été de brûler feuillage et raisin. Pour autant une petite partie du vignoble est conduit en espaldera.

L’irrigation, une merveille technologique à l’impact

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Environnement natif de la région: Algarrobos et autres plantes de climat semi-aride

L’ensemble du vignoble Riojano se développe aujourd’hui grâce a l’irrigation au goutte à goutte (riego por gottea). Le climat quasi désertique sur lequel se développe un végétation rase et sèche empêche la croissance des vignes. Auparavant par inondation, le système d’irrigation moderne permet normalement un contrôle de la vigueur de la vigne.

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Installation d’une perforation au coeur de la vallée

Une irrigation rendue possible par le captage d’une nappe phréatique située entre 40 et 60m de profondeur. Pour autant l’eau de fonte printanière de la cordillère couplée aux 400mm de pluies annuelles ne suffisent pas à alimenter la nappe qui s’abaisse d’1m chaque année. Une triste réalité rendu possible par un climat politique incertain, et l’inexistance de régulation des points de captages.

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Une surface sableuse qui laisse à penser un profil relativement similaire. Le sol est sableux sur plusieurs mètress de profondeur.

Du côté des sols, le contexte préordillerain impose un profil sableux très fin dominant mélangé avec les limons. Rares sont les sols argileux, mais là où le limon domine on peut rencontrer des dépôts argileux imperméables. Dans l’ensemble du bassin viticole, les sols sont relativement profonds, exceptant les anciennes zones alluviales comme rencontrées dans la vallée de Uco.

La fertilisation de ces sols pauvres se résout par une ferti-irrigation, couplant l’apport NPK avec l’apport hydrique. Une artificialisation du régime naturel de la vigne qui peut nous paraître folle vis à vis des défis environnementaux actuels.

Un vignoble en marge de l’epicentre viticole du Cuyo

Federico nous partage le retard de la région par rapport à Mendoza ou San Juan. Éloignés de l’épicentre viticole argentin, la connaissance, la technique, ne profitent pas aux Riojanos. De plus, cet éloignement influe sur le prix de vente du raisin. Malgré une qualité global moyenne, liée à un contexte naturel favorable, le kilo de raisin est parmi le moins cher du pays.

El vino – Bebida nacional argentina

Asi que bueno! Cette visite m’a rappellé un article paru sur le blog d’Herve Lalau du 25 Octobre 2010 et republié en début dànnée: « Le vin Argentin bebida nacional » (PAR ICI). L’article ventait alors les mérites d’un pays et de sa culture viticole se concluant par : « les députés français ont d’autres chats à fouetter ». Bien que représentant un réel engouement du vin au sein d’un pays dont l’identité se construit depuis 200ans,le raccourci faisant référence au non support de la filière vin par l’état françai est un peu rapide. Le contexte est plus complexe, et l’Argentine viticole souffre elle aussi de décisions politiques concernant la commercialisation ou l’environnement que l’on ne peut pas envier.

Pasando por La Rioja, siguiendo la ruta!

Ce détour Riojano incontournable, aurait pu s’accompagner d’un trek de 4 jours au coeur du massif Famatina, pour toucher le ciel aux 4000m d’altitude de l’ancienne mine britannico-allemande. Nous le mettrons dans notre sac à idées de randos pour une autre vie. La route se poursuit, le nord-ouest argentine, et les vignobles de Salta nous attendent.

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Musée de du Cable Carril de Chilecito – Détail d’une des stations menant l’or de la mine jusqu’au village.

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Ruta 40 – Cuesta de la Miranda – De Villa Union à Chilecito

Sources et ressources complémentaires:

Cave coopérative La Riojana – ICI

Vino argentino bebida nacional – ICI

San Juan l’irrévérencieuse – L’autre visage du Cuyo viticole

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Un bout du Cerro Blanco avance au sein des vignes de la Valle de Zonda

Perchés au dessus des vignobles de la vallée de Zonda, passant par la magnifique crête de Sierra Chica, ou sur le toit enivrant de  Sierra Azul, notre semaine sanjuanina s’acheva quelques kilomètres plus au sud à Pocito, en l’antenne locale de l’Institut National Agro-Pisicole (INTA).

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La crete de la Sierra Chica de Zonda, un sentier vertigineux

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Eprouvante Sierra Azul

Les rencontres fortuites, engagées par quelques anges gardiens de l’hexagone, nous menèrent d’un simple café avec Angel Leotta, président de la chambre vitivinicole du vin en vrac (vino en granel), à un bavardage-maté en compagnie du terroiriste de la région du Cuyo, Maximiliano Battistella.

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Maximiliano & ma pomme devant la carte des sols de San Juan

L’homme tranquille, arborant la barbe de l’ingénieur de terrain, engagea alors avec nous une discussion sur le vignoble, la notion de typicité, le sol, le climat, et le futur des vins de San Juan!

Situé au coeur de la région du Cuyo, le vignoble de San Juan occupe une surface totale de 47227ha, représentant 21 % du vignoble argentin. Deuxième production viticole du pays, San Juan est la seule à conjuguer vins de table, vins fins, raisins de table, et moûts concentrés. Reconnue pour ses Syrahs, la zone produit tout autant de Malbec, Cabernet Sauvignon, Merlot, Chardonnay et Sauvignon que sa voisine du Cuyo. La proximité de Mendoza assure alors une mise sur le marché de l’ensemble de la production. L’université de la capitale forme les techniciens qui engagent aujourd’hui la transformation du vignoble vers une viticulture de pointe. Un point essentiel, au coeur d’une production nationale marquée par une culture de type traditionnelle.

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Depuis Sierra Azul, la Valle de Zonda. L’on apercoit la retenue du barrage de Dique de Ullum surplombe a sa droite par la Sierra Chica

En effet, le système de conduite est encore dominé par la pergola (Parrales), occupant 90% de la superficie du vignoble. Le climat,ne délivrant que peu d’eau dans l’année, est plutôt généreux en Soleil. Les Parrales, sont une protection bienvenue aux veléités des rayons estivaux.  Du côté des sols les deux zones principales que sont la  »Valle de Zonda » et la  »Valle de Tulum », présentent une surface pédologique jeune et largement hétérogène. Y prédomine d’une part des sols à forte rétention en humidité favorisant la formation de nappes perchées lors d’irrigations peu contrôlées. D’autre part des sols plus sains avec un bon draînage, peu ou non salins constituent la seconde couverture pédologique. Du côté de la « Chica Sierra de Zonda », la texture argilo-limoneuse des sols squelettiques favorisent les raisins de tables et zones horticoles. Au sud de San Juan, de jolis sols organiques profonds, reliques de lagunes, occupent la région horticole de Rawson et Pocito.

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Carte des sols de San Juan

Le sol, support essentiel à l’apport azoté de la vigne, n’est ici que peu favorable à sa culture d’un point de vue hydrique. La perméabilité, ou la présence anecdotique de zones lourdes (argiles épaisses), rendent l’irrigation par inondation, puis par goutte à goutte, un outil indispensable à la production viticole. L’apport de la précordillère, mené par un système de canaux important permet un apport moyen de 1500mm d’eau par cycles végétatifs.

Sols et environnement de la province de San Juan (Document INTA)

Un vignoble en mutation

Depuis les années 90 le vignoble se transforme. La conduite en espaldera, la promotion de l’irrigation et de nouveaux cépages ont transformé une partie du vignoble. Étrangement le contexte économique du pays rend peu disponible la main d’oeuvre pour la viticulture. Le vignoble le supporte mal et la mécanisation se révèle indispensable. Un problème là ou les pergolas dominent. Ainsi les vignobles à haute valeur marchande se sont déjà convertis, tandis que l’INTA aide aujourd’hui à la restructuration des vignes hautes vers un « entre-deux » moins coûteux.

La parole du terroiriste

Maximiliano invite la production à se poser les bonnes questions tant du point de vue des facteurs liés à la qualité des vins, tant des défis imposés par le marché (coût de production élèvé pour un coût de revient en baisse). Ainsi, loin du discours sol/climat/typicité menant à des rendements plus faibles, il lui parait intéressant de guider les vins de San Juan vers une qualité pouvant rivaliser avec le marché mendocino. Il s’aide alors des facteurs locaux (ensoleillement, gradient thermique jour/nuit) comme de l’utilisation plus pointue d’outils telle l’irrigation. Laissant le marketing du terroir sanjuanina aux communicants, Maximiliano propose alors d’établir un discours technique au sein de la filière pour sensibiliser les viticulteurs à ces conduites de pointe.

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Pergola au sein de la Casa de Sarmiento, le Jules Ferry argentin, et a l’origine de l’irrigation de la province.

Une rencontre intéressante qui enrichit ces discussions sur le terroir, la typicité et la qualité des vins engagée il y maintenant 4 ans au coeur du Languedoc viticole. Quel est le plus important dans le vin que l’on produit? La nature du lieu où l’on cultive, la technologie que l’on y investit, le discours marketing et/ou la poesie que l’on sème au cours de son élaboration. Dans le fond, le vin est un savant mélange des quatre qui, même au coeur de l’Argentine, ne peut faire l’impasse sur l’un d’eux.

Ressources complementaires:

Sit de l’Instituto Nacional de Technologia Agropecuaria : INTA

Document sur les sols et environnements de la province de San Juan : Suelos Valle del Tulum, Ullum y Zonda.

Valle de Uco – Le vignoble de la Précordillère se dévoile à la Bodega Piedra Negra

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Mendoza, le nom résonne dans la culture viticole sud-américaine comme rayonne Bordeaux à travers le monde! L’aura de la région est aussi bien due a la réputation de ses crus, qu’à l’imposante présence de la Cordillère culminant à 6962m d’altitude, au Cerro Aconcagua. C’est aussi la région ou le général San Martin serait venu se reposer après avoir libéré le Chili de la présence espagnole en février de l’année 1812

Julio Chaab, chef de culture et ingénieur agronome de formation nous accueille sur les parcelles viticole de la Bodega Piedra Negra, propriété des frères Lurton (Jacques et François) en terres argentines.

Julio Chaab, dans l'une des parcelles du domaine

Les 100ha de vignes se situent sur le piémont est de la cordillère des Andes, au plus proche des précollines et non loin du fameux Manzano Historico oú s’est reposé le General San Martin.

La géomorphologie du paysage a été conditionnée par la fonte violente des glaciers aux époques périglaciaire. Le même phénomène qui a scultpé la côte bourguignonne. Ainsi le piémont est composé de dépôts fluviatils, façonnant un entrelacs de légères dépressions (les lits des anciennes rivières) et de légers monticules (les terrasses successives).  La taille des dépôts décroît d’autant que l’on s’éloigne de la cordillère. Ainsi la Bodega se situe essentiellement sur des sols sableux a forte charge en éléments grossiers. Ces derniers en moyenne décamétriques dépassent par endroits les 2 mètres de diamètres. Plus loin on trouvera des sols plus limoneux avec une charge en élèments grossiers moins importante

La precordillere domine les vignes!

Du côté des vignes, le problème principal est la vigueur. Avec 200mm de pluie par an, et un sol laissant filer la moindre goutte d’eau, l’irrigation au goutte à goutte est indispensable. La vigne développe alors un tissu racinaire proche de la surface du sol.

En conversion Biologique depuis deux ans, Julio Chaab, nous confie rencontrer un nouveau défi. Arrivé à la Bodega pour réhausser la vigueur un peu faible, suite a des choix de Porte-Greffe peu vigoureux, et lié au contexte géomorphologique cité, il doit aujourd’hui composer avec une fertilisation organique. L’apport de compost remplaçant alors la fertilisation chimique couplée au système d’irrigation (ferti-irrigation), ou encore la fertilisation foliaire.

Du côté de l’encépagement, le Pinot Gris (40ha) et le Malbec (25ha) présents en majorité offrent chaque année une belle maturité. La faible vigueur favorisant la concentrations des polyphénols et tanins. Au contraire le cycle long du Cabernet Sauvignon (18ha), associé au climat de la région ne permet pas de donner chaque année une maturité satisfaisante pour un bel équilibre.

Quid de la salinisation?

L’eau provenant de la fonte des glaciers, n’est pas ou peu chargé en éléments minéraux le risque est donc quasi nul. Le problème se pose plus en aval dans les vignobles de l’est de Mendoza Capital.

Le blog « regards sur le Sol », rappelle dans son dernier article l’origine et les enjeux environnementaux de la salinisation des sols. ICI: Ludmila Dmitrievna – Le sol, cordon nourricier de la Russie

Le Zonda, un cadeau du Chili

Toutes les cultures sont soumises aux évènements violents de la nature. Ici, la région est soumise à la grêle, solutionné par l’installation de toiles. Mais l’évènement le plus redouté se nomme le Zonda. Ce vent chaud violent dont l’origine est liée à la présence du massif andin.

Le Zonda est le produit de l’effet de Foehn. L’air froid et humide du Pacifique se bloque contre la Cordillère au Chili. Des nuages se forment et se déchargent de leur humidité. A l’Est de la Cordillère, l’air se transforme en vent chaud et sec. Un cadeau du Chili en quelque sorte. Pouvant atteindre 120km/h et 40 degrés Celsius, le vent impose à la vigne une forte évapo-transpiration. Cette dernière compense ce régime anormal en apportant de la sève aux feuilles, plus vite que le tronc et les racines ne peuvent le supporter. Résultat, un assèchement des troncs faisant perdre la récolte de l’année. Heureusement pour Julio, l’évènement est plus rare que le Zonda lui même. Le dernier datant de 2007.

Le cadre splendide de la « Valle de Uco », dominé par le mont Tupungato (6570m), nous donne le goût de connaître ces vignobles improbables de l’Argentine. La Ruta 40, nous mènera assurément vers d’autres treilles au coeurs de paysages toujours singuliers.

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Vignobles de la Valle de Uco. Entre une heure et une heure et de demi de transport au sud de Mendoza. Certaines Bodega offrent visites touristiques et dégustations. Se renseigner auprès de l’office de tourisme de Mendoza capital.