San Juan l’irrévérencieuse – L’autre visage du Cuyo viticole

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Un bout du Cerro Blanco avance au sein des vignes de la Valle de Zonda

Perchés au dessus des vignobles de la vallée de Zonda, passant par la magnifique crête de Sierra Chica, ou sur le toit enivrant de  Sierra Azul, notre semaine sanjuanina s’acheva quelques kilomètres plus au sud à Pocito, en l’antenne locale de l’Institut National Agro-Pisicole (INTA).

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La crete de la Sierra Chica de Zonda, un sentier vertigineux

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Eprouvante Sierra Azul

Les rencontres fortuites, engagées par quelques anges gardiens de l’hexagone, nous menèrent d’un simple café avec Angel Leotta, président de la chambre vitivinicole du vin en vrac (vino en granel), à un bavardage-maté en compagnie du terroiriste de la région du Cuyo, Maximiliano Battistella.

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Maximiliano & ma pomme devant la carte des sols de San Juan

L’homme tranquille, arborant la barbe de l’ingénieur de terrain, engagea alors avec nous une discussion sur le vignoble, la notion de typicité, le sol, le climat, et le futur des vins de San Juan!

Situé au coeur de la région du Cuyo, le vignoble de San Juan occupe une surface totale de 47227ha, représentant 21 % du vignoble argentin. Deuxième production viticole du pays, San Juan est la seule à conjuguer vins de table, vins fins, raisins de table, et moûts concentrés. Reconnue pour ses Syrahs, la zone produit tout autant de Malbec, Cabernet Sauvignon, Merlot, Chardonnay et Sauvignon que sa voisine du Cuyo. La proximité de Mendoza assure alors une mise sur le marché de l’ensemble de la production. L’université de la capitale forme les techniciens qui engagent aujourd’hui la transformation du vignoble vers une viticulture de pointe. Un point essentiel, au coeur d’une production nationale marquée par une culture de type traditionnelle.

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Depuis Sierra Azul, la Valle de Zonda. L’on apercoit la retenue du barrage de Dique de Ullum surplombe a sa droite par la Sierra Chica

En effet, le système de conduite est encore dominé par la pergola (Parrales), occupant 90% de la superficie du vignoble. Le climat,ne délivrant que peu d’eau dans l’année, est plutôt généreux en Soleil. Les Parrales, sont une protection bienvenue aux veléités des rayons estivaux.  Du côté des sols les deux zones principales que sont la  »Valle de Zonda » et la  »Valle de Tulum », présentent une surface pédologique jeune et largement hétérogène. Y prédomine d’une part des sols à forte rétention en humidité favorisant la formation de nappes perchées lors d’irrigations peu contrôlées. D’autre part des sols plus sains avec un bon draînage, peu ou non salins constituent la seconde couverture pédologique. Du côté de la « Chica Sierra de Zonda », la texture argilo-limoneuse des sols squelettiques favorisent les raisins de tables et zones horticoles. Au sud de San Juan, de jolis sols organiques profonds, reliques de lagunes, occupent la région horticole de Rawson et Pocito.

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Carte des sols de San Juan

Le sol, support essentiel à l’apport azoté de la vigne, n’est ici que peu favorable à sa culture d’un point de vue hydrique. La perméabilité, ou la présence anecdotique de zones lourdes (argiles épaisses), rendent l’irrigation par inondation, puis par goutte à goutte, un outil indispensable à la production viticole. L’apport de la précordillère, mené par un système de canaux important permet un apport moyen de 1500mm d’eau par cycles végétatifs.

Sols et environnement de la province de San Juan (Document INTA)

Un vignoble en mutation

Depuis les années 90 le vignoble se transforme. La conduite en espaldera, la promotion de l’irrigation et de nouveaux cépages ont transformé une partie du vignoble. Étrangement le contexte économique du pays rend peu disponible la main d’oeuvre pour la viticulture. Le vignoble le supporte mal et la mécanisation se révèle indispensable. Un problème là ou les pergolas dominent. Ainsi les vignobles à haute valeur marchande se sont déjà convertis, tandis que l’INTA aide aujourd’hui à la restructuration des vignes hautes vers un « entre-deux » moins coûteux.

La parole du terroiriste

Maximiliano invite la production à se poser les bonnes questions tant du point de vue des facteurs liés à la qualité des vins, tant des défis imposés par le marché (coût de production élèvé pour un coût de revient en baisse). Ainsi, loin du discours sol/climat/typicité menant à des rendements plus faibles, il lui parait intéressant de guider les vins de San Juan vers une qualité pouvant rivaliser avec le marché mendocino. Il s’aide alors des facteurs locaux (ensoleillement, gradient thermique jour/nuit) comme de l’utilisation plus pointue d’outils telle l’irrigation. Laissant le marketing du terroir sanjuanina aux communicants, Maximiliano propose alors d’établir un discours technique au sein de la filière pour sensibiliser les viticulteurs à ces conduites de pointe.

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Pergola au sein de la Casa de Sarmiento, le Jules Ferry argentin, et a l’origine de l’irrigation de la province.

Une rencontre intéressante qui enrichit ces discussions sur le terroir, la typicité et la qualité des vins engagée il y maintenant 4 ans au coeur du Languedoc viticole. Quel est le plus important dans le vin que l’on produit? La nature du lieu où l’on cultive, la technologie que l’on y investit, le discours marketing et/ou la poesie que l’on sème au cours de son élaboration. Dans le fond, le vin est un savant mélange des quatre qui, même au coeur de l’Argentine, ne peut faire l’impasse sur l’un d’eux.

Ressources complementaires:

Sit de l’Instituto Nacional de Technologia Agropecuaria : INTA

Document sur les sols et environnements de la province de San Juan : Suelos Valle del Tulum, Ullum y Zonda.

Tilcara – Calilegua : Le trekking andin aux portes du ciel argentin

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Le topo du sentier menant de Tilcara a l’entrée du Parque Nacional Calilegua faisait rêver. 5 jours de marche soutenue, traversant la puna, les pentes arides des montagnes attenantes, et la bascule quasi instantanée dans un nouvel écosystème sub-tropical : les Yungas. Un itinéraire aux portes du ciel frolant les 4200m d’altitude, voguant pendant plus de deux jours autour des 3000m. Lire la suite

Bodega Colomé – Vertiges oenologiques des « Valles Calchaquíes »

Colome 12Notre premier contact avec les cimes andines du nord-ouest argentin nous ayant offert une semaine de marche mémorable entre Tucuman et Tafi del Valle, le reste de la région nous attendait les bras ouverts, en pouce, en collectivo ou en char de location. Embarquant dans l’aventure deux de nos amies franco-bretonnes, Marie et Nathalie, nous entreprenions alors un autre voyage : un road-trip sur les pistes de ripio de la région de Cachi.

Arrivée sur Tafi del Valle - Introduction aux vallées Calchaquíes

Arrivée sur Tafi del Valle – Introduction aux vallées Calchaquíes

Parmi les incontournables viticoles de la province de Salta, la Bodega Colomé s’affiche en tête de liste. Pourtant, la piste de ripio qui la sépare du village de Molinos joue le rôle d’épreuve initiatique. La beauté du paysage, partagée entre dépôts limoneux déchiquetés par l’érosion, sables rouges compactés, et boules de granites rugueuses rappellant à nous le Sidobre, invitent à la contemplation. Les “Valles Calchaquìes” merveille du plus andin des paysages argentins, se dévoilent alors à chaque virage.

 

Par ici, l'aventure!

Par ici, l’aventure!

Un frenchy bourguignon, au coeur d’une oasis andine

L’eau qui s’écoule de la cordillère offre à la végétation un salut inesperé dans cet océan de sable dominé par les cardones. Ces cactus géants dont les cimes atteignent la dizaine de mètres. La vigne, aidé par l’homme, s’est alors acclimatée au coeur du village de Colomé, véritable oasis.

Sur la route de Colomé, les sables rouges compactés dévoilent un paysage lunaire et martien

Sur la route de Colomé, les sables rouges compactés dévoilent un paysage lunaire et martien

Là, Thibaut Delmotte, le frenchy bourguignon, argentin depuis maintenant 9 ans, officie en tant qu’oenologue et gère la cave de 4 domaines de la société viticole “Hess Family Estates”. Un beau défi qui s’étend d’Amalaya à 1700m d’altitude sur le territoire de Cafayate, jusqu’aux enivrants 3100m d’Altura Maxima. Colomé et Arenal se répartissant alors sur des altitudes intermédiaires autour de 2500m.

Au sein de Colomé, les vignes occupent une superficie de 72ha. Une grande partie en parrales (Pergola) et le reste en espalier, taillé en cordon de Royat. La densité moyenne avoisine les 4000 pieds par hectares.

Quand biodynamie & fourmis ne font pas bon ménage

Les vignes en dormance de la Bodega. Il fait chaud, le ciel est bleu, mais c'est encore l'hiver!

Les vignes en dormance de la Bodega. Il fait chaud, le ciel est bleu, mais c’est encore l’hiver!

Les vignes sont conduites en biodynamie. Jusque là certifié, le domaine est confronté à l’invasion de fourmis voraces et dévastatrices. L’utilisation d’un insecticide de synthèse pour solutionner le problème sera remplacé à court terme par la fabrication du Pyrèthre, un insecticide naturel qui peut-être extrait des chrysanthèmes. La surface du sol, travaillée en hiver pour l’incorporation du compost, est laissée ennherbée durant le cycle végétatif, maitrisée alors par une tonte régulière.

Les sols, propres aux dépôts de piémonts de la précordillère, sont de type squelettique, peu profonds et fortement chargés en pierrosité. Globalement sableux, ils sont pauvres en matière organique et présentent une carence globale en magnésium.

Le système d’irrigation est au goutte à goutte, avec un entretien hivernal d’une douzaine d’heures par semaine. Durant la saison, l’irrigation est  normale jusqu’au stade petit pois. Il s’agit de l’étape où la fleur fécondée développe un raisin de la taille d’un petit pois, très vert, dû à une forte production chlorophylienne. A cette issue, l’apport d’eau est conduit en parcimonie pour stimuler la synthèse des polyphénols et des tanins.

Des malbecs ascensionnels

En compagnie de Thibaut Delmotte - Prise d'altitude aromatique assurée!

En compagnie de Thibaut Delmotte – Prise d’altitude aromatique assurée!

Il nous aura fallu attendre cette visite aux antipodes pour avoir le plaisir de voyager le nez dans le verre. Un trekking oenologique de 1400m de dénivelé, les sens perchés sur l’expression de malbecs ascensionnels. Un exercice à la verticale nous faisant prendre conscience d’un facteur inconnu des terroirs français: l’altitude et la prise en compte des rayons ultra-violets dans la maturation des baies.

Avec l’altitude, notre filtre atmosphérique se modifie. Les rayons ultra-violets d’ondes moyennes, UV-B, peu génants au niveau de la mer augmentent alors de 10% chaque 1000m. Les UV, nocifs pour l’homme, ont aussi des effets sur le développement de la vigne, sa photosynthèse et la production de composés phénolés. Pour exemple, les rayonnements ralentissent la photosynthèse, tandis qu’ils favorisent l’accumulation des flavonoïdes et anthocyanes, à l’origine de la couleur des baies. Un facteur sérieusement pris en compte plus récemment en Europe pour la question du changement climatique (ICI). Thibaut nous confie que ses raisins se chargent en couleurs, et que la peau des baies est plus épaisse.

D’une altitude à l’autre les malbecs s’expriment distinctement. Concentré et plus lourd, Amalaya livre des notes de fruits cuits. Ces notes que l’on rencontre dans le bordelais sur des raisins mûris au Soleil, d’un millésime sans fausse note, d’un sol sain au régime hydrique idéal. Mais, à basse altitude, l’acidité manque et Thibaut nous avoue que l’équilibre est difficilement au rendez-vous. D’où l’importance d’aller chercher plus haut.

Colomé & Arenal présentent respectivement des notes de fruits noirs plus fraîches pour l’un, florale, et de violette pour l’autre. Impossible de voyager loin sans penser à Toulouse. Déjà la robe se fait plus intense, et s’accompagne d’un profil aromatique plus léger, l’altitude donnant des ailes au vin.

Discussion détendu au milieu des barriques françaises. On se sent comme chez nous!

Discussion détendu au milieu des barriques françaises. On se sent comme chez nous!

Au paroxysme de la dégustation, nous savourons Altura Maxima, un vignoble récent, qui selon Thibaut apportera un rôle essentiel dans l’assemblage d’une cuvée plus fine. Les notes de rhubarbe se détachent clairement au sein d’une bouche enveloppée de tanin soyeux. La robe intense d’un rouge pourpre dénote avec la fraîcheur aromatique de cette ascension oenologique.

Vignobles de Salta et Cafaye, épilogue d’une route que l’on souhaiterait “SIN FIN”

Au grès des kilomètres parcourus le long de ces vallées sans pareil, les vignobles apparaissent puis s’effacent laissant place à cette nature hostile, sableuse et désertique. Pourtant, la région viticole de Salta présente la particularité de ne pas connaître de canicule. Le gradient thermique estivale entre le jour et la nuit pouvant atteindre les 25 degrés.

Road trip #1 : recta estilo argentino

Road trip #1 : recta estilo argentino

Road Trip #2 : Ripio y curvas estilo argentino

Road Trip #2 : Ripio y curvas estilo argentino

Sur notre route, nous aurons eu chaud, nous aurons eu froid. L’hiver salteño est plus incertain qu’une mauvaise prévision météorologique. La route continue toujours plus au nord, la province de Jujuy nous promettant une nouvelle randonnée au long court, entre désert, puna à 4200m et forêts subtropicales moites et luxuriantes.

Le dîner du mochilero à peine exigeant! Torrontes - Tortitas y Pasta-Verduras

Le dîner du mochilero à peine exigeant! Torrontes – Tortitas y Pasta-Verduras

Sources et ressources intéressantes

Bodega Colomé

Pyrèthre ou pyréthrines naturelles un insecticide végétal

How may climate change affect viticulture in Europe?