Linda la Huerta – Il est beau le potager

IMG_3404De retour d’Argentine nous avions rapporté dans nos bagages une petite liste des choses à faire qui nous tenaient à cœur et que nous avions confectionné tout au long des 8 mois de voyage entre l’Argentine et le Chili. La marche, les rencontres, ayant semés en nous des désirs simples mais pourtant pas toujours faciles à mener à bien une fois le retour accompli.

Depuis l’accession à notre statut de sédentaire narbonnais nous avions gardé en tête cette liste. C’est pourtant la rencontre d’un couple de cycliste à l’occasion d’un hébergement Warmshowers, Miriam et Jérome (ils partaient en vélo rejoindre leur propre mariage en Espagne), que nous avons ressorti cette petite liste à l’hiver dernier.

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Qu’avions nous accompli? Que nous restait-il à accomplir?

Parmis le florilège de choses à accomplir, il y avait ce souhait de vivre avec les légumes une histoire d’amour sans faille. Les faire pousser, les cuisiner, les manger, les partager, les composter. Et quand cela n’était pas possible, favoriser les circuits courts.

Il suffit de peu de choses pour qu’un souhait latent sorte de sa dormance et devienne réalité. Grâce à l’ami Benoît, aux embruns marins de l’île de Jura en Écosse, de discussions arrosées au Whisky, le potager est devenu une réalité palpable nourrissant d’autres défis, d’autres projet. Depuis Mai la photosynthèse fait des merveilles dans ce bout de terre urbain!

La terre en morceau – L’accaparement des terres made in France

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Antoine Colboc devant les terres familiales soumises à l’expropriation

Nous l’avons déjà évoqué dans les pages de vinovelo, le sol est une denrée rare à l’échelle internationale. Moins évident pour les politiques et citoyens, cette denrée est toute aussi rare à l’échelle nationale. Alors que les symbôles de la protection environnementale tels l’Amazonie, ou l’Antarctique, avaient ce côté exotique qui rendait le sujet sexy, frappant, et émouvant, le développement durable à la française semble encore passer à côté du fondamental : la protection de nos sols agricoles.

Le reportage d’Ariane Doublet, diffusé vendredi 2 Juin sur Arte, et encore disponible en streaming, prend le sujet à pleine main, et rend aux plateaux agricoles de Normandie leur caractère sexy, et noble. Qu’en est-il aujourd’hui de nos politiques en matière d’urbanisme, de développement de zones d’activité, de protection des terres agricoles, et de conscientisation du caractère fini et non renouvelable de ces dernières ? Sans basculer dans le documentaire à charge, Ariane Doublet dessine les portrait d’individus concernés par le sujet : jeunes agriculteurs, président de la SAFER, maire et adjoints à l’urbanisme, militants agriculteurs occupants une ferme condamnée, lotisseur-aménageur, maîtres d’oeuvre. Sont mis alors en évidence les incohérences des uns face aux désarrois des autres. Et pour cause, le reportage commence dans un champ de lin, et finira par se transformer en un champ Caterpillar.

Les occupants de la ferme des Bouillons

Les occupants de la ferme des Bouillons


Rappellons que le sol, tel que (re)définit récemment par l’Association Française d’Etude des sols, « est un volume qui s’étend depuis la surface de la Terre jusqu’à une profondeur marquée par l’apparition d’une roche dure ou meuble, peu altérée ou peu marquée par la pédogenèse. L’épaisseur du sol peut varier de quelques centimètres à quelques dizaines de mètres, ou plus. Il constitue, localement, une partie de la couverture pédologique qui s’étend à l’ensemble de la surface de la Terre. Il comporte le plus souvent plusieurs horizons correspondant à une organisation des constituants organiques et/ou minéraux (la terre). Cette organisation est le résultat de la pédogenèse et de l’altération du matériau parental. Il est le lieu d’une intense activité biologique (racines, faune et microorganismes).

Le temps de développement du sol est au delà de l’échelle de vie humaine. Il se compte en quelques milliers d’années. Le bétonnage d’un sol induit la suppresion des couches supérieures du sol, organo-minéral, et le décaissement des couches plus profondes. Un site bétonné est donc un site mort, pédologiquement parlant.

Mais le bétonnage du sol n’implique pas que la suppression du caractère arable, de la nature du sol à produire une denrée agricole. Le sol est aussi un régulateur hydrique et thermique. Gestion de l’eau et réchauffement climatique, deux sujets pourtant chauds sur les tables du ministère de l’écologie.

Régulateur hydrique. L’eau s’écoule dans un premier temps par le sol avant de rejoindre les nappes phréatiques, ou de ruisseler en surface. Les thalwegs évoqués dans le reportage sont conditionnés avec des bassins de rétention, pour permettre aux eaux de pluies de trouver une porte de sortie sur le bitume et le béton, emportant avec elles ce que l’on sait de pollutions fines d’hydrocarbures et autres poussières. Bien souvent, ces problématiques de régulation de ruissellement des eaux de pluies sont constatées bien après la fin d’un ouvrage (ZA, lotissement), et les tentatives de rectifications sont parfois bien vaines.

Régulateur thermique. Le sol à un caractère tampon quant au rayonnement du soleil. Il emmagasine et réfracte la chaleur durant le jour. Il est le support d’un matériel végétal offrant ombrage, et utilisation du rayonnement pour sa photosynthèse. La nuit cette zone végétale et minérale régule sa température par l’intermédiaire des zones humides et des courants d’air de fin et de début du jour. Au contraire, ces zones artificialisées sont des fours d’accumulation où, en cas de fortes chaleurs, aucun bitume ni béton ne permettra de tamponner et de porter au plus frais la température. Une thèse rennaise du LETG, évoqué en 2012 dans le n°298 de Sciences Ouest, a permis de définir les facteurs de régulation des températures en milieu urbain. Nous sommes en 2015, Kyoto ou Rio 1992 sont déjà loins, et la notion de climatologie urbaine n’en est qu’au stade d’élément de recherche. Au vu des politiques urbaines actuels, il n ‘est pas sûr que les urbanistes tiendront tout de suite compte des pistes lancées par la thèse de Xavier Foissard.

Heureusement, à l’image des occupants de la ferme des Bouillons, nombreuses sont les personnes et organisations qui militent pour le maintien d’une agriculture familiale, et pour la protection des sols face à l’hégémonie du « il faut booster l’économie de notre activité locale, développer les zones d’activités, les axes de communications, les infrastructures,… ». A l’image de Notre Dame des Landes, Sivens, la scierie géante du Morvan ou le Center Parc de Roybon, il est temps de conscientiser la population au grignotage de nos terres pour des intérêts courts terme.

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Cette année 2015 est déclarée année internationale des sols par l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Une occasion de plus pour aller dans ce sens et de se donner rendez-vous le 5 Décembre 2015, pour fêter une nouvelle journée internationale des sols.

Ressources complémentaires :

La terre en morceau, visible en streaming sur Arte +7 : ICI

Des champs pas d’Auchan – Site internet de la Ferme des Bouillons : ICI

2015 – Année internationale des sols : ICI

Association Française d’étude des sols (AFES) : ICI

Vous avez dit sol ? Document de l’AFES : ICI

Revue Sciences-Ouest n°298 – Mai 2012 – Des quartiers chauds à Rennes : ICI

Changement climatique et climat urbain : application a la ville de Rennes. Xavier Foissard : ICI

Idees Liquide et Solide – Vincent Pousson se délecte de l’urbanisation moche et méchante des rives du patrimoine mondial Audois. Certaines plaines ne sont, semblent-ils, plus bonne à produire que des hangars et des lotissements hideux : ICI

Let’s Talk about soil : ICI

Qu’est ce qu’un SOL? – Présentation et échange sur le SOL en classe de Mathématiques : ICI

Site web de la conférence « The Global Soil week »: ICI

Rapport sur l’Etat des sols de France par le GIS SOL: ICI

La tentation du bitume, par Eric Hamelin et Olivier Razemon, Rue de l’échiquier, 2012.

Dossier du magazine alternatives économiques : ICI

Emission France Culture sur l’accaparement des terres : ICI

Vinovelo : Retour vers le futur!

vinovelofuturNon, vinovelo n’a pas disparu. Alors que 6 années se seront bientôt écoulées depuis les premiers coups de pédales languedociens, 5 depuis l’aventure nord-américaine, 2 depuis l’Argentine pédestre, vinovelo sommeille tranquillement.

Les projets ne manquent pas, les idées d’articles non plus.

Depuis ces pieds posés à nouveau sur le sol du vieux continent, quelques pleines-lunes ont fait frémir la Garonne bordelaise, quelques souffles endiablés se sont engouffrés entre les deux tours de la cathédrale narbonnaise. Nos pieds se sont même posés sur le Canigou, un matin du mois d’Août, beauté de l’aurore sur la plaine du Roussillon.

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Nos valises se sont désormais posées à Narbonne. Nouvelle vie, nouveau job. 2014 aura été une année le nez dans les bouquins de physiologie de la vigne, et les analyses pétiolaires. Une continuité parfaite dans la compréhension de facteurs du terroir : sol, climat, matériel végétal.

2015, elle, s’est proposée différente. Une vertèbre pétée le 1° Janvier, un suspend d’activité un peu étrange mais qui laisse place à l’essentiel, et forcément, un abandon provisoire de la bécane et de la tarière.

Les analyses pétiolaires de 2015 commencent à tomber, et la perspective d’équilibres minéraux au taquet après quelques années difficiles, se dessinent. Après une mobilité retrouvée, et des douleurs moins importantes, j’ai monté mon vélo sur son rack. Comme une promesse pour le futur, je pédale sans destination, sinon celle d’un retour à la normale. Et bientôt je retrouverai l’odeur et la chaleur de l’asphalte audois.

Crédit photo du soundcloud – JC Huon