Tilcara – Calilegua : Le trekking andin aux portes du ciel argentin

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Le topo du sentier menant de Tilcara a l’entrée du Parque Nacional Calilegua faisait rêver. 5 jours de marche soutenue, traversant la puna, les pentes arides des montagnes attenantes, et la bascule quasi instantanée dans un nouvel écosystème sub-tropical : les Yungas. Un itinéraire aux portes du ciel frolant les 4200m d’altitude, voguant pendant plus de deux jours autour des 3000m. Lire la suite

Bodega Colomé – Vertiges oenologiques des « Valles Calchaquíes »

Colome 12Notre premier contact avec les cimes andines du nord-ouest argentin nous ayant offert une semaine de marche mémorable entre Tucuman et Tafi del Valle, le reste de la région nous attendait les bras ouverts, en pouce, en collectivo ou en char de location. Embarquant dans l’aventure deux de nos amies franco-bretonnes, Marie et Nathalie, nous entreprenions alors un autre voyage : un road-trip sur les pistes de ripio de la région de Cachi.

Arrivée sur Tafi del Valle - Introduction aux vallées Calchaquíes

Arrivée sur Tafi del Valle – Introduction aux vallées Calchaquíes

Parmi les incontournables viticoles de la province de Salta, la Bodega Colomé s’affiche en tête de liste. Pourtant, la piste de ripio qui la sépare du village de Molinos joue le rôle d’épreuve initiatique. La beauté du paysage, partagée entre dépôts limoneux déchiquetés par l’érosion, sables rouges compactés, et boules de granites rugueuses rappellant à nous le Sidobre, invitent à la contemplation. Les “Valles Calchaquìes” merveille du plus andin des paysages argentins, se dévoilent alors à chaque virage.

 

Par ici, l'aventure!

Par ici, l’aventure!

Un frenchy bourguignon, au coeur d’une oasis andine

L’eau qui s’écoule de la cordillère offre à la végétation un salut inesperé dans cet océan de sable dominé par les cardones. Ces cactus géants dont les cimes atteignent la dizaine de mètres. La vigne, aidé par l’homme, s’est alors acclimatée au coeur du village de Colomé, véritable oasis.

Sur la route de Colomé, les sables rouges compactés dévoilent un paysage lunaire et martien

Sur la route de Colomé, les sables rouges compactés dévoilent un paysage lunaire et martien

Là, Thibaut Delmotte, le frenchy bourguignon, argentin depuis maintenant 9 ans, officie en tant qu’oenologue et gère la cave de 4 domaines de la société viticole “Hess Family Estates”. Un beau défi qui s’étend d’Amalaya à 1700m d’altitude sur le territoire de Cafayate, jusqu’aux enivrants 3100m d’Altura Maxima. Colomé et Arenal se répartissant alors sur des altitudes intermédiaires autour de 2500m.

Au sein de Colomé, les vignes occupent une superficie de 72ha. Une grande partie en parrales (Pergola) et le reste en espalier, taillé en cordon de Royat. La densité moyenne avoisine les 4000 pieds par hectares.

Quand biodynamie & fourmis ne font pas bon ménage

Les vignes en dormance de la Bodega. Il fait chaud, le ciel est bleu, mais c'est encore l'hiver!

Les vignes en dormance de la Bodega. Il fait chaud, le ciel est bleu, mais c’est encore l’hiver!

Les vignes sont conduites en biodynamie. Jusque là certifié, le domaine est confronté à l’invasion de fourmis voraces et dévastatrices. L’utilisation d’un insecticide de synthèse pour solutionner le problème sera remplacé à court terme par la fabrication du Pyrèthre, un insecticide naturel qui peut-être extrait des chrysanthèmes. La surface du sol, travaillée en hiver pour l’incorporation du compost, est laissée ennherbée durant le cycle végétatif, maitrisée alors par une tonte régulière.

Les sols, propres aux dépôts de piémonts de la précordillère, sont de type squelettique, peu profonds et fortement chargés en pierrosité. Globalement sableux, ils sont pauvres en matière organique et présentent une carence globale en magnésium.

Le système d’irrigation est au goutte à goutte, avec un entretien hivernal d’une douzaine d’heures par semaine. Durant la saison, l’irrigation est  normale jusqu’au stade petit pois. Il s’agit de l’étape où la fleur fécondée développe un raisin de la taille d’un petit pois, très vert, dû à une forte production chlorophylienne. A cette issue, l’apport d’eau est conduit en parcimonie pour stimuler la synthèse des polyphénols et des tanins.

Des malbecs ascensionnels

En compagnie de Thibaut Delmotte - Prise d'altitude aromatique assurée!

En compagnie de Thibaut Delmotte – Prise d’altitude aromatique assurée!

Il nous aura fallu attendre cette visite aux antipodes pour avoir le plaisir de voyager le nez dans le verre. Un trekking oenologique de 1400m de dénivelé, les sens perchés sur l’expression de malbecs ascensionnels. Un exercice à la verticale nous faisant prendre conscience d’un facteur inconnu des terroirs français: l’altitude et la prise en compte des rayons ultra-violets dans la maturation des baies.

Avec l’altitude, notre filtre atmosphérique se modifie. Les rayons ultra-violets d’ondes moyennes, UV-B, peu génants au niveau de la mer augmentent alors de 10% chaque 1000m. Les UV, nocifs pour l’homme, ont aussi des effets sur le développement de la vigne, sa photosynthèse et la production de composés phénolés. Pour exemple, les rayonnements ralentissent la photosynthèse, tandis qu’ils favorisent l’accumulation des flavonoïdes et anthocyanes, à l’origine de la couleur des baies. Un facteur sérieusement pris en compte plus récemment en Europe pour la question du changement climatique (ICI). Thibaut nous confie que ses raisins se chargent en couleurs, et que la peau des baies est plus épaisse.

D’une altitude à l’autre les malbecs s’expriment distinctement. Concentré et plus lourd, Amalaya livre des notes de fruits cuits. Ces notes que l’on rencontre dans le bordelais sur des raisins mûris au Soleil, d’un millésime sans fausse note, d’un sol sain au régime hydrique idéal. Mais, à basse altitude, l’acidité manque et Thibaut nous avoue que l’équilibre est difficilement au rendez-vous. D’où l’importance d’aller chercher plus haut.

Colomé & Arenal présentent respectivement des notes de fruits noirs plus fraîches pour l’un, florale, et de violette pour l’autre. Impossible de voyager loin sans penser à Toulouse. Déjà la robe se fait plus intense, et s’accompagne d’un profil aromatique plus léger, l’altitude donnant des ailes au vin.

Discussion détendu au milieu des barriques françaises. On se sent comme chez nous!

Discussion détendu au milieu des barriques françaises. On se sent comme chez nous!

Au paroxysme de la dégustation, nous savourons Altura Maxima, un vignoble récent, qui selon Thibaut apportera un rôle essentiel dans l’assemblage d’une cuvée plus fine. Les notes de rhubarbe se détachent clairement au sein d’une bouche enveloppée de tanin soyeux. La robe intense d’un rouge pourpre dénote avec la fraîcheur aromatique de cette ascension oenologique.

Vignobles de Salta et Cafaye, épilogue d’une route que l’on souhaiterait “SIN FIN”

Au grès des kilomètres parcourus le long de ces vallées sans pareil, les vignobles apparaissent puis s’effacent laissant place à cette nature hostile, sableuse et désertique. Pourtant, la région viticole de Salta présente la particularité de ne pas connaître de canicule. Le gradient thermique estivale entre le jour et la nuit pouvant atteindre les 25 degrés.

Road trip #1 : recta estilo argentino

Road trip #1 : recta estilo argentino

Road Trip #2 : Ripio y curvas estilo argentino

Road Trip #2 : Ripio y curvas estilo argentino

Sur notre route, nous aurons eu chaud, nous aurons eu froid. L’hiver salteño est plus incertain qu’une mauvaise prévision météorologique. La route continue toujours plus au nord, la province de Jujuy nous promettant une nouvelle randonnée au long court, entre désert, puna à 4200m et forêts subtropicales moites et luxuriantes.

Le dîner du mochilero à peine exigeant! Torrontes - Tortitas y Pasta-Verduras

Le dîner du mochilero à peine exigeant! Torrontes – Tortitas y Pasta-Verduras

Sources et ressources intéressantes

Bodega Colomé

Pyrèthre ou pyréthrines naturelles un insecticide végétal

How may climate change affect viticulture in Europe? 

La Rioja – Petite soeur des vignobles d’Argentine

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La mythique Ruta 40 qui traverse l’Argentine du Sud au Nord n’omet pas de passer par l’une des plus petite province viticole du pays, et dont le nom n’est pas sans rappeller la chaleur étouffante du nord de l’Espagne: La Rioja.

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En conpagnie de Federico Mococain, au pied d’un cardon « bastante grande »!

A las 10hs, d’une journée fraîche mais ensoleillée, nous retrouvons Federico Mococain à Chilecito. Agronome en culture extensive de formation, sa passion pour le vin l’a conduit rapidement à entreprendre une spécialisation dans le monde viticole. Une opportunité qui le mène aujourd’hui comme consultant reconnu dans la région.

Un vignoble chiquitito au milieu d’un paysage sans limite.

Avec une superficie de 8046 ha, la Rioja représente 3,6% du vignoble d’Argentine. Ce qui est peu au regard du ratio exploité par les deux provinces principales de Mendoza et de San Juan.

La région se situe au pied du système précordillérain, aux portes des hauts plateaux argentins de la puna. La zone de Chilecito concentre 70% de la production, au sein d’une vallée ample d’orientation Nord-Sud, cernée entre les sierras pampeaneas du précambrien à l’est, et le massif de Famatina à l’ouest culminant à 6250m. La position relativement basse de la vallée, par rapport à ces montagnes, conditionne la réception importante de matériel d’érosion de ces deux derniers massifs. Le nom de playa, donné à ce type de vallée, n’est pas non plus étranger aux types de sols qui s’y sont développés.

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Le massif de la Famatina domine les parrales de la vallée

Ici aussi l’on cultive les plantes en parral (Pergola). Une conduite particulière pour empêcher le soleil d’été de brûler feuillage et raisin. Pour autant une petite partie du vignoble est conduit en espaldera.

L’irrigation, une merveille technologique à l’impact

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Environnement natif de la région: Algarrobos et autres plantes de climat semi-aride

L’ensemble du vignoble Riojano se développe aujourd’hui grâce a l’irrigation au goutte à goutte (riego por gottea). Le climat quasi désertique sur lequel se développe un végétation rase et sèche empêche la croissance des vignes. Auparavant par inondation, le système d’irrigation moderne permet normalement un contrôle de la vigueur de la vigne.

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Installation d’une perforation au coeur de la vallée

Une irrigation rendue possible par le captage d’une nappe phréatique située entre 40 et 60m de profondeur. Pour autant l’eau de fonte printanière de la cordillère couplée aux 400mm de pluies annuelles ne suffisent pas à alimenter la nappe qui s’abaisse d’1m chaque année. Une triste réalité rendu possible par un climat politique incertain, et l’inexistance de régulation des points de captages.

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Une surface sableuse qui laisse à penser un profil relativement similaire. Le sol est sableux sur plusieurs mètress de profondeur.

Du côté des sols, le contexte préordillerain impose un profil sableux très fin dominant mélangé avec les limons. Rares sont les sols argileux, mais là où le limon domine on peut rencontrer des dépôts argileux imperméables. Dans l’ensemble du bassin viticole, les sols sont relativement profonds, exceptant les anciennes zones alluviales comme rencontrées dans la vallée de Uco.

La fertilisation de ces sols pauvres se résout par une ferti-irrigation, couplant l’apport NPK avec l’apport hydrique. Une artificialisation du régime naturel de la vigne qui peut nous paraître folle vis à vis des défis environnementaux actuels.

Un vignoble en marge de l’epicentre viticole du Cuyo

Federico nous partage le retard de la région par rapport à Mendoza ou San Juan. Éloignés de l’épicentre viticole argentin, la connaissance, la technique, ne profitent pas aux Riojanos. De plus, cet éloignement influe sur le prix de vente du raisin. Malgré une qualité global moyenne, liée à un contexte naturel favorable, le kilo de raisin est parmi le moins cher du pays.

El vino – Bebida nacional argentina

Asi que bueno! Cette visite m’a rappellé un article paru sur le blog d’Herve Lalau du 25 Octobre 2010 et republié en début dànnée: « Le vin Argentin bebida nacional » (PAR ICI). L’article ventait alors les mérites d’un pays et de sa culture viticole se concluant par : « les députés français ont d’autres chats à fouetter ». Bien que représentant un réel engouement du vin au sein d’un pays dont l’identité se construit depuis 200ans,le raccourci faisant référence au non support de la filière vin par l’état françai est un peu rapide. Le contexte est plus complexe, et l’Argentine viticole souffre elle aussi de décisions politiques concernant la commercialisation ou l’environnement que l’on ne peut pas envier.

Pasando por La Rioja, siguiendo la ruta!

Ce détour Riojano incontournable, aurait pu s’accompagner d’un trek de 4 jours au coeur du massif Famatina, pour toucher le ciel aux 4000m d’altitude de l’ancienne mine britannico-allemande. Nous le mettrons dans notre sac à idées de randos pour une autre vie. La route se poursuit, le nord-ouest argentine, et les vignobles de Salta nous attendent.

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Musée de du Cable Carril de Chilecito – Détail d’une des stations menant l’or de la mine jusqu’au village.

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Ruta 40 – Cuesta de la Miranda – De Villa Union à Chilecito

Sources et ressources complémentaires:

Cave coopérative La Riojana – ICI

Vino argentino bebida nacional – ICI