Tilcara – Calilegua : Le trekking andin aux portes du ciel argentin

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Le topo du sentier menant de Tilcara a l’entrée du Parque Nacional Calilegua faisait rêver. 5 jours de marche soutenue, traversant la puna, les pentes arides des montagnes attenantes, et la bascule quasi instantanée dans un nouvel écosystème sub-tropical : les Yungas. Un itinéraire aux portes du ciel frolant les 4200m d’altitude, voguant pendant plus de deux jours autour des 3000m.

Les Yungas, milieu sub-tropical, promettant abondance et luxuriance furent habitées avant l’arrivée des Espagnols par les Guaranies. La même communauté que l’on rencontre en Mésopotamie, dans la province de Misiones et au Paraguay. Pour autant, les Guaranis n’étaient pas les seuls à profiter de produits offerts par la foret. Les peuples, habitant la zone semi-aride des Vallées Calchaquiès jusqu’à la quebrada de Humahuaca, venaient y piocher régulièrement matière première, gibier, fruits et plantes.

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Ainsi, l’héritage laissé par ces peuples, puis l’utilisation de ces voix d’accès par les générations qui ont suivis, offrent aujourd’hui des sentiers remarquables par leur qualité et impressionants par la beauté des paysages. Loin de la nostalgie des sentiers de transhumance que l’on pouvaient utiliser jadis en Europe et dont l’état peut faire regretter cette époque, ici, l’on ne se surprend pas de croiser caravanes de mules et de chevaux liant les ‘viviendas’ et pueblitos des montagnes aux villages et petites villes touristiques des vallées.

 Résumé d’une session de 4 jours et demi de marche, effectués entre le 21 et le 25 Aout 2013.

 Jour 1

Le ciel est clair pour ce premier jour. 1800m d’ascension s’annonce séparées en deux tronçons. Le premier nous mènent tranquillement de Tilcara (2500m) jusqu’au bout de la piste accessible en véhicule. Le sentier surplombe alors la Garganta del Diablo, puis les ruines d’Alfarcito. L’on monte à 3300m au coeur d’une vallée comblée par les déchets d’érosion. L’effet est impressionant, une grand table penchée relie les versant des deux monts opposés.

A la mi journée, repas et sieste bien mérités, nous attaquons la seconde moitie du parcours. Nos sacs sont assez lourds. Nous qui voyageons légers, devons gravir une belle pente avec les souvenir de nos 4 mois de voyage. Un poids qui nous coûte avec la chaleur et l’altitude.Mais chaque pas nous fait découvrir un teinte jaune, rosée ou rougeâtre. Tilcara semble bien bas en milieu d’après-midi. L’on croise un homme, ses deux biquettes et son chien. A donde van? Calilegua! Que le vaya bien! Gracias. Vers 17h la bouche de la puna est quasi atteinte. Un groupe d’allemands accompagné de deux guides achèvent leur parcours de 3 jours. Quelques conseils, points d’eau et bivouacs, nous prenons note. Les informations pour randonner seuls sont rares en Argentine. Chaque rencontre est donc bienvenue.

La rupture entre le versant et les plaines d’altitude annoncent le haut du Bassin Versant. Encore une belle heure de marche s’annonce, à moindre effort heureusement. Le col, annoncé par une petite croix et culminant à 4153m (d’après notre GPS) nous libère et nous enchante, une petite heure avant le coucher du Soleil.

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Instants photos, l’énergie pour sauter et appuyer sur le déclencheur de l’appareil. Nous poserons la tente au creux du lit du ruisseau pour se protéger du vent qui souffle et qui doit s’intensifier au crépuscule. Un maté, des pâtes et une soupe. Ce soir c’est pleine Lune et cette dernière nous fait le cadeau d’apparaître au creux du vallon que nous attaquerons le lendemain. tilcara-16

Jour 2

Le réveil à peine perturbé par l’air glacé de l’aurore, nous levons le camp peu étonnés du gel qui a figé notre ruisseau. Nous saluons une dernière fois notre petite puna, observés de loin par une vache égarée. Nous consacrons notre matinée à dévaler la montagne. Nous nous rapprochons des 3000m éblouis par la beauté des paysages, les couleurs variant du jaune au vert pâle, apercevant au loin les traces d’un rouge encore inconnu. Les cimes pointent le ciel vers l’est avec un angle quasi parfait de 45 degrés, une autre merveille andine. Peu avant notre pause, une chute acrobatique, offre à un cailloux bien placé de me caresser la fesse gauche. Peu avant la pause, nous collectons de l’eau à un ruisseau dont la source nous surplombe de 50m. L’encas du midi, posés au bord d’un nouveau ruisseau, nous fait profiter du calme précédant une nouvelle ascension.

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L’après-midi débute par l’observation d’un affleurement particulier posé au sein d’un dépôt calcaire. Mon oeil me fait hésiter entre une formation de stromatolithe ou récifale. Qu’à cela ne tienne, je prends les photos et l’on demandera aux amis.

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Nouvelle ascension harassante, ponctuée de pauses à contempler le paysage. Le col est enfin passé lorsque deux jeunes filles nous dépassent avec leurs deux ânes. A eux quatre, l’agilité de leur déplacement nous fait relativiser l’effacité de notre matériel acquis à grand coup de forum de voyage, conseils avisés, et promo post-saison.

Le temps se couvre légèrement et la brume conquiert les vallées lorsque nous arrivons aux portes de Molulo. Nous resterons en hauteur pour le bivouac, privilégiant notre recharge en eau pour le lendemain. La soirée fraîche nous coince dans la tente. Cocon virtuel mais bien amarré, nous dînons au chaud et consacrons la soirée à la lecture de nos livres embarqués.

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Jour 3

Le réveil est brumeux mais le ciel est bleu. Il faut attendre 10h pour que la brume se lève paisiblement. Notre patience, nous l’éprouvons tranquillement au pueblito de Molulo, un bâti en forme de U constituant l’école, l’hospedaje et les quelques foyers. Le maté cocido nous lance pour une nouvelle journée de marche perchés le long d’une crête, direction San Lucas.

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Notre sentier paraît tel un navire voguant sur une mer de nuages. Les belles ascensions des deux jours précédents semblent un lointain souvenir. Nos sacs se sont allegés et le relief s’est apaisé. Notre pause déjeuner, perchés entre deux vallées, nous offre un premier aperçu de la transition vers les Yungas. La sieste, indispensable, profite des derniers rayons chaleureux du Soleil.

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Notre trace GPS nous joue alors des tours au cours de l’après-midi. Cette dernière pointe là ou le sentier n’existe pas. De quoi faire hésiter et de gaspiller quelques énergies à chercher un sentier fantôme. Par la même occasion le climat se rafraîchit radicalement et nous plongeons dans une forêt pas encore verte, mais dense. Nous demandons alors notre chemin au détour d’une vivienda, notre sentier est bien celui que nous suivons. Devant nous se dresse alors une belle montagne verte et rouge, droite, exigeante. Nous posons la tente 15mn avant le début de l’ascension, nous la réservant pour le lendemain. L’air frais nous invite à rester de nouveau dans notre cocon de toile. La randonnée hivernale reprend ses droits, et rester la soirée à l’extérieur de la tente relève de l’exploit. Une nouvelle journée de marche nous attend le lendemain avec en mire les Yungas, San Lucas et les gorges du Rio éponyme.

 Jour 4

Réveil ‘frescito’ et moite. L’humidité gagne nos corps ralentis par l’idée d’enfiler des vêtements aussi frais que l’air ambiant. Il faut de nouveau faire un détour pour demander eau et chemin. Quelques indications rassurantes afin d’attaquer notre dernière ascension du trek. Quelques 300m bien marqués, qu’une végétation verte et touffue surplombe. Le sentier rougeâtre, nous laisse deviner un grès rouge dont la patine du temps a rendu grisâtre.

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Passés les 2400m, nous redescendons le long d’une pente faible. S’offre alors un paysage de patûres avec en toile de fond les silhouettes de montagnes déchiquetées, se découpant dans le ciel tel un théâtre de papier. L’effet est majestueux. Nous apercevons San Lucas, quelques toits de tolles au loin, prêts à nous accueillir.

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Pour notre instant déjeuner, nous rencontrons Teresa. Duena de l’hospedaje, la soixantaine bien tassée. Nous rêvions de bavardage, d’une cerveza, et d’une petite table pour manger. Le rêve se réalise accompagnant à merveille nos sardines. La vie des champs, éloignée de tout, elle tricote, teint, cultive et élève. Le ciel devrait se découvrir ses prochains jours nous confie-t-elle. Tant pis pour nous. Nous découvrons les lieux sous les nuages, mais le ciel est haut et ne gâche pas notre plaisir d’observer les montagnes.

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Nous reprenons la marche, observés par deux chicos armés de leur lassot, et surtout intrigués par notre accoutrement et nos bâtons. Que locos esos extranjeros. La descente est raide vers les pentes escarpées du Rio San Lucas. Nous le longeons alors trois belles heures, le surplombant de près de 200m. Le sentier parfois vertigineux nous plonge dans chaque thalweg adjacent. Là, de belle parois de grès ocres, hautes de 200 nouveaux mètres laissent couler un filet d’eau. L’été ici, l’eau domine la nature, et la randonnée n’est pas recommandée pour qui s’aventure sans précaution.

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Fatigués mais heureux de la découverte de ces nouveaux paysages, nous armons la tente quelques mètres au dessus du Rio San Lorenzo à présent rejoint. La soirée moins fraîche promettait un bivouac avec feux, mais tout semble trop sec ici. Le vent se lève doucement, et se sont finalement quelques gouttes de pluies qui viendront bercer notre sommeil.

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Jour 5

L’achèvement du sentier n’est plus très loin. Le camp levé tardivement, nous quittons notre dernier bivouac. Une dernière descente, la traversée du Rio sur un pont, puis la remontée sur la pente opposée, nous permettent de rejoindre la piste de ripio rouge au lieu dit de Pena Alta. De là, nous marchons jusqu’à San Francisco, premier village de la route provinciale 83, créé lors de l’ouverture de cette dernière au coeur des années 50. Surplombant la vallée et apercevant les montagnes au loin, la surprise des cimes saupoudrées de neige, ne nous fait pas regretter les quelques nuages des deux jours précédant.

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Nous patientons jusqu’à 17h00 le colectivo nous menant jusqu’à notre destination finale, le Parque Nacionale Calilegua. La route entre San Francisco et Aguas Negras relève du défi tant par l’étroitesse de la piste que par la vétustée du bus utlisé. Un chouette souvenir à l’heure ou le Soleil se cache derrière le Cerro San Lorenzo, non loin de là ou nous étions 5 jours auparavant.

 Notre jour Bonus:

Situé à 600m d’altitude, l’entrée du Parque Nacionale Calilegua, propose quelques sentiers permettant une belle journée de rando dediée à l’observation de la faune et de la flore. Le retour à la ville Libertador General San Martin (9km) peut se faire à pied, en stop ou en remis (s’ils arrivent).

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